Hypnose Classique & Hypnose de spectacle…

L’Hypnose Classique est l’hypnose de nos grands-pères, celle qui a donné naissance à la “psychothérapie” (nom inventé par Bernheim en 1891 pour désigner le soin par suggestions hypnotiques). Elle fut et reste utilisée de bien des façons, y compris par les hypnotiseurs de music-hall, qui ont eu le mérite de conserver la mémoire de cette forme d’Hypnose, y compris durant ses années creuses (cf. Historique de l’Hypnose). Pourtant l’Hypnose Classique ne saurait se réduire à l’Hypnose de spectacle, qui n’en est qu’une des facettes – et qui se distingue par de nombreuses spécificités techniques.

 

Les différences entre lʼHypnose Classique et l’Hypnose de spectacle

Tout dʼabord, attention à lʼancienne confusion entre Hypnose Classique et Hypnose de spectacle : si cette dernière utilise les techniques “classiques” pour faire du spectacle, distraire et (parfois) éduquer le public, elle nʼest pas toute lʼHypnose Classique qui, elle, est avant tout une pratique thérapeutique… LʼHypnose Classique est un monde, dont fait partie lʼHypnose de spectacle, mais lʼHypnose Classique ne se résout pas à cette seule pratique, très loin de là ! Contrairement aux thérapeutes, les artistes doivent faire preuve de spectaculaire. Ils ont un show à assurer. Pour cela, il existe des techniques spécifiques de reconnaissance et de sélection des « meilleurs sujets », ceux qui démontreront rapidement les phénomènes hypnotiques nécessaires au spectacle.
Les hypnothérapeutes ont dʼautres impératifs, pas forcément plus évidents : en thérapie, impossible de choisir son sujet, on est obligé de réussir avec toute personne qui se présente (au moins l’induction hypnotique !). Et le patient veut avant tout guérir ; que lʼhypnose soit un état de conscience qui sʼapprend lui importe peut ; quʼil soit lui-même plus ou moins prédisposé à lʼhypnose non plus : il veut entrer en transe tout de suite pour travailler sur son problème. Point.

En spectacle, lʼétat dʼhypnose et ses phénomènes sont le but à atteindre ; en Hypnothérapie, ce sont des moyens au service du processus thérapeutique. Les techniques dʼinduction hypnotiques sont aussi très différentes, que lʼon soit en spectacle (sélection des sujets sensibles, phénomènes spectaculaires impératifs) ou en thérapie (toute personne doit entrer en transe, pas besoin de phénomènes spectaculaire mais dʼune bonne disposition dʼesprit).
Ainsi, il est des phénomènes hypnotiques que lʼon ne peut produire quʼen Hypnose de spectacle, grâce à lʼenvoutement généré par la foule. Le sujet est “emporté” dans un rôle – quʼil a accepté implicitement en venant au spectacle, puis en se portant  volontaire pour monter sur scène. Tous ses amis le regardent ; il a le trac ; il a chaud ; les lumières lʼéblouissent… Désorienté, lʼhypnotiseur le surprend en claquant des doigts ; il se sent tomber, comme évanoui, sans même avoir entendu le retentissant “Dormez !” Cʼest la célèbre « interruption de pattern » de Dave Elman (souvent attribuée, à tort, à Milton Erickson). L’ordre vient saisir le cerveau reptilien, qui fait basculer la personne en transe bien avant qu’elle ne soit même consciente de la phrase prononcée par l’hypnotiseur… Facile à réaliser sur scène, où la personne est impressionnée ; très difficile en thérapie, où le thérapeute a, au contraire, établi un climat de confiance.
Par contre, nombreux sont les hypnotiseurs de spectacle qui viennent se former en Hypnose thérapeutique, curieux de découvrir par quel moyen un hypnothérapeute peut réussir à mettre en état dʼhypnose une personne seule, sans la pression de la scène, sans lʼambiance étourdissante du spectacle – et une personne qui nʼa pas été présélectionnée, en plus !…
On constate aussi que certaines personnes sont parfois un peu déçues, au début de leur formation en Hypnose thérapeutique : ça ne ressemble pas à lʼidée quʼelles se faisaient de lʼHypnose. Ah, ça fonctionne… ça oui, et même très bien… mais… ce nʼest pas lʼHypnose “comme à la télé”. Ces personnes voulaient une formation “sérieuse”, en hypnose “thérapeutique”, mais restent dans les attentes communes au grand public. Cʼest quʼelles confondent spectacle et thérapie.
Il n’y a pas de mal à utiliser l’hypnose en spectacle, si c’est fait correctement, avec discernement et éthique – mais l’hypnose de spectacle est une approche techniquement différente de l’hypnose thérapeutique. Vous pourriez être un excellent  hypnothérapeute classique et incapable de faire un spectacle d’Hypnose… et vous pourriez être un showman surdoué et pourtant tout à fait incapable de mener à bien une thérapie, même par hypnose. Ne serait-ce que les procédés d’induction hypnotique sont totalement différents…
Il est bien sûr possible dʼapprendre les deux approches. C’est le but de la spécialisation en “Hypnose Classique” que propose l’IFHE : les gens du spectacle sʼinitieront à lʼHypnothérapie pour de saines représentations, des shows autant éducatifs (voire  thérapeutiques !) que spectaculaires ; les gens de thérapie découvriront lʼimportance et la puissance de leurs mots, en créant des phénomènes hypnotiques « comme à la télé ». Ils ressortiront de lʼexpérience plus confiants en leurs techniques  thérapeutiques, conscients de leur impact sur la personne. Les deux approches sont différentes et se complètent.
Alors, que pensez-vous de lʼhypnose de spectacle ?
Je pense que toutes les formes de pratiques hypnotiques débilitantes devraient être interdites. Il est certain que les gens qui usent de la “communication d’influence” à fin de divertissement malsain ou d’abêtissement abusent des personnes les plus sensibles ou influençables – malheureusement, cette constatation dépasse le simple cadre de l’Hypnose qui concerne cet article… Voyez le matraquage télévisé et dites-moi si cela éduque ou si cela abrutit la population… N’est-ce pas une forme d’hypnose négative de masse ? (“Ce que nous vendons à Coca-Cola, cʼest du temps de cerveau humain disponible”, Patrick Le Lay, PDG de TF1, 9 juillet 2004) Donc, même en utilisant le plus mal possible notre “hypnose”, nous sommes très loin de pouvoir faire autant de mal que les “spécialistes” du genre…
Ceci dit, et pour en revenir à ce qui nous concerne : pour que l’Hypnose de music-hall soit la plus éthique et bénéficiable possible, il faudrait absolument que ce genre de spectacle soit conduit par des professionnels connaissant et respectueux de la psychologie humaine, non pas pour la violer, mais pour faire leur « show » dans le respect des personnes qui se portent volontaires – car cʼest tout à fait possible (cf. exemples dans le livre “Hypnose”). Les phénomènes hypnotiques de lʼhypnose sont spectaculaires et peuvent être provoqués pour le bien de la personne ! Ainsi, vous faites dʼune pierre deux coups : dʼabord vous avez le côté spectaculaire, et ensuite les volontaires sortent de lʼexpérience mieux quʼavant ! Ne serait-ce pas formidable ?
Mais quand vous voyez un hypnotiseur, même ancien gendarme, transformer trente personnes en une horde de singes en rut qui vont se précipiter dans lʼassistance pour choisir une « femelle »… cʼest débilitant ! De lʼamusement pervers. Alors qu’une personne timide qui se sent devenir si forte quʼune dizaine de personnes alignées ne parvient plus à la pousser, à la faire reculer, celle-ci ressort de la soirée grandie et fière d’elle !
L’opinion publique, ignorante des techniques de l’Hypnose – et souvent des bases même de la psychologie – peste contre ces “méchants hypnotiseurs de spectacle” qui font croire au pauvre peuple naïf qu’ils ont un “pouvoir” sur les gens. Mais, réfléchissez un peu : tout le monde sait qu’il s’agit de spectacle (c’est dans l’intitulé même de ce type d’hypnose). C’est donc un peu comme aller voir un magicien : va-t-il vous dire avant chaque tour, “attention, ceci n’est pas de la vraie magie, il y a un truc !”?… Evidemment que non ! Tout le plaisir est dans cette illusion, justement. Un magicien qui pratique le “mentalisme” va vous faire croire qu’il est devin ou télépathe, mais tout le monde sait bien qu’il s’agit d’un artiste, qu’il y a “un truc” ! De la même manière, l’hypnotiseur de spectacle ne va pas passer son spectacle à vous répéter “en fait, c’est vous qui vous mettez en transe tout seul, je ne fais que vous guider, vous expliquer”… Ce serait vrai, mais ça retirerait tout le charme et le plaisir ! Alors, comme le prestidigitateur ou le mentaliste, l’artiste hypnotiseur fait croire à son public qu’il possède un pouvoir spécial. Ce n’est pas “abusif”, c’est son métier – et c’est pour ça qu’on vient le voir en spectacle. De plus, les techniques de l’Hypnose Classique sont  relativement basiques : la mise en transe ne fonctionne que parce que la personne y croit vraiment. L’hypnotiseur travaille sans autre filet que sa totale conviction de l’arrivée du phénomène hypnotique. Avertir son public qu’il n’y a “pas de magie”
reviendrait à détruire sa capacité à faire son spectacle, à produire les phénomènes pour lesquels on est tous venus le voir. Impossible, forcément ! La magie est nécessaire…
Maintenant, il est tout à fait possible de laisser ses spectateurs dans le plaisir de cette illusion et d’utiliser tous les phénomènes hypnotiques que l’on voit en spectacle pour le bien des volontaires… Mais il faut déjà, pour cela, bien connaître l’esprit humain, la psychologie, les métaphores thérapeutiques et leur utilisation, etc. Une suggestion hypnotique de contrainte rend les gens malades. Les professionnels de lʼhypnose de spectacle le savent pertinemment, et ils font ce quʼils peuvent pour éviter ce malheureux « contrecoup », mais ils ne sont souvent tout simplement pas formés pour utiliser positivement leurs suggestions, ce qui éviterait les effets négatifs secondaires tout en conservant lʼeffet spectaculaire et en offrant aux personnes une expérience mémorable et enrichissante. Cʼest une question de formation…
Olivier Lockert

(Un article d’Olivier Lockert IFHE, avril 2008)