L’Hypnose a pour but de révéler nos ressources – J.-C. Espinosa

Quel public se forme aujourd’hui à l’hypnose ?

La formation à l’hypnose telle qu’elle est conçue par la Confédération francophone d’hypnose et de thérapies brèves ne s’adresse qu’aux soignants. Car si l’image de l’hypnose n’évolue malheureusement pas aux yeux du grand public, c’est en revanche le cas aux yeux du corps médical. De plus en plus de cliniques et d’hôpitaux forment leur personnel à l’hypnose : les médecins, quels que soient leur spécialité, ainsi que des sages-femmes, des kinésithérapeutes pour la rééducation psychomotrice, des infirmières travaillant en soins palliatifs… Il faut une culture du soin pour être efficace par l’hypnose. Elle permet, dans beaucoup de cas, de diminuer ou d’arrêter la prise de médicaments sans s’y substituer, et sans danger ni effets secondaires. Quelquefois, par exemple pour des troubles du sommeil léger ou une anxiété légère, on peut simplement, grâce à elle, éviter de prendre une médication. Pour autant, l’hypnose ne s’oppose surtout pas aux médicaments, c’est une approche complémentaire. Personnellement, il m’arrive de travailler avec l’hypnose dans des contextes non thérapeutiques, par exemple quand je prépare des sportifs à la compétition.

Pourquoi l’hypnose a-t-elle été longtemps discréditée ?

A cause de l’émergence de la psychanalyse. Freud a commencé par l’hypnose, avant de la délaisser pour élaborer sa propre méthode. Mais les soignants reviennent d’autant plus à l’hypnose qu’elle permet d’améliorer l’état des patients beaucoup plus rapidement qu’une analyse. En tant que psychanalyste, je suis à l’aise pour en parler ! Les deux techniques ne sont d’ailleurs pas incompatibles : François Roustang ou moi-même pratiquons l’hypnoanalyse, c’est-à-dire des séances psychanalytiques associées à l’hypnose pour avancer beaucoup plus vite.

Qu’apporte l’hypnose dans un contexte thérapeutique ?

L’hypnose est un état modifié de conscience naturel et spontané, comme quand nous nous endormons ou quand nous sommes plongés dans nos rêveries, nos souvenirs… Ce n’est rien de plus. L’électroencéphalogramme d’une personne hypnotisée correspond à un éveil lent, pas au sommeil : sous hypnose, on est éveillé. Dans cet état de détente, le sujet accepte plus facilement des suggestions thérapeutiques. Pour commencer, le praticien doit déplacer l’attention de la personne vers quelque chose qui l’intéresse, comme ses loisirs. D’où une meilleure écoute qui va faire entrer progressivement dans cet état modifié de conscience propice aux suggestions, par exemple, de réduction de la douleur. Si la personne nous dit qu’elle a une douleur à la tête comme un étau, on va lui suggérer de desserrer l’étau… Dès lors, son imagination active une dynamique biologique de mieux-être. Les neurosciences sont venues confirmer ce que les praticiens pressentaient de manière empirique : elles ont par exemple montré qu’il suffit de penser à un mouvement pour que les zones du cerveau concernées s’activent. On peut donc plus facilement mobiliser des aires du cerveau grâce à l’hypnose.

Pour quels troubles l’hypnose s’avère-t-elle un complément appréciable ?

Les indications sont très variées, allant des phobies à la dépendance à l’alcool, ou encore la dépression ou la réduction de la douleur pendant un accouchement. La douleur chronique occupe une place de choix. En tant que psychiatre, je soigne par ailleurs des psychotiques. Je travaille par exemple sur l’anxiété des schizophrènes ou leur perception faussée de la réalité. En fait il n’y a pas de méthode stéréotypée, chaque patient étant différent. Pour une dépression installée depuis des années ou un alcoolisme, de nombreuses séances sont nécessaires. Pour la dépendance au tabac, deux ou trois séances peuvent suffire. Pour les troubles anxieux ou psychosomatiques, en général une dizaine permettent d’améliorer l’état. Même dans les cas d’hémiplégie consécutive à un accident vasculaire cérébral, l’hypnose permet une récupération psychomotrice spectaculairement plus rapide. Je vais vous faire un petit aveu : j’ai souffert moi-même d’une hémiplégie droite, il y a cinq ans, avec des troubles de l’articulation. Je me suis rééduqué en transférant en imagination mon côté sain sur le côté paralysé.

Des études contrôlées ont-elles vraiment montré que les patients bénéficiant d’hypnose se remettent statistiquement plus vite et mieux de certains symptômes ?

Oui, dans certains cas. Aux Etats-Unis par exemple, des femmes opérées d’un cancer du sein récupèrent mieux si elles ont été suivies avec l’hypnose. De manière très pragmatique, on a même calculé que l’économie par patient était de 500 dollars pour une durée de traitement identique. Il faudrait mieux évaluer aussi les effets de l’hypnose sur certaines maladies psychosomatiques comme la rectocolite hémorragique ou la maladie de Crohn, que je connais bien. On pense aussi, selon des études récentes, que certains marqueurs biologiques de maladies auto-immunes pourraient être modifiés par hypnose. C’est très prometteur, mais encore expérimental.

 

Peut-on faire le rapprochement entre l’hypnose et des méthodes d’autosuggestion comme la méthode Coué, ou encore avec l’effet placebo ?

Oui, dans le sens où quand on prescrit un placebo à un patient, le prescripteur doit être sûr lui-même de l’efficacité. La conviction doit être partagée. Or sans la rencontre patient-thérapeute, je pourrai faire toutes les suggestions possibles et imaginables, ça ne marchera pas. Quant à la méthode Coué, elle a, elle aussi, été victime de la psychanalyse : Emile Coué était un homme remarquable dont on a galvaudé les idées.

Peut-on suggérer quelque chose qui serait préjudiciable au sujet hypnotisé ?

C’est une image d’Epinal véhiculée par les hypnotiseurs de foire, mais c’est totalement impossible. Si on suggère à quelqu’un d’accomplir quelque chose qu’il ne ferait pas à l’état éveillé, qui choque ses convictions ou ses croyances, il sort immédiatement, dans la seconde qui suit, de l’état hypnotique. Milton Erickson partait du principe que nous disposons en nous de ressources inutilisées pour aller mieux. Pour la psychanalyse, l’inconscient est un placard empli de cadavres ; pour l’hypnose ericksonienne au contraire, il est rempli de ressources positives. La distinction est capitale ! L’hypnose est là pour nous révéler ces ressources. Par ailleurs, le but d’une thérapie est d’apprendre à un patient l’autohypnose pour qu’il parvienne à se soigner tout seul. Donc, pas de dépendance possible au thérapeute. J’insiste sur le faut que l’hypnose médicale doit être pratiquée par des soignants, avec la culture du soin. On évitera ainsi des accidents, comme par exemple lorsque des sectes utilisent certains mécanismes de l’hypnose à des fins d’enrichissement personnel.

 

Propos recueillis par Jean-François Marmion

Article publié le 01/06/2011

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